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  CO-PROPRIETE TEMPORAIRE
Intervention de Simona Denicolai et Ivo Provoost | Regards Croisés sur les Paysages - Résidence 2005-2007
               
 




















































  la commande
L’espace des « clairières habitées », habitat regroupé en hameaux et villages implantés à mi-pente, témoigne de l’occupation permanente depuis plusieurs siècles du territoire sur lequel se trouve le Parc naturel régional des Monts d’Ardèche.
Si autrefois l’habitation occasionnelle était due à l’activité agricole, elle est liée aujourd’hui à un développement résidentiel et touristique important et prend des formes variées – restauration des clèdes et granges, accueil dans des gîtes ou des campings aménagés, installation sauvage de caravanes…
Ces nouvelles pratiques et des attitudes parfois consuméristes peuvent susciter des conflits avec les zones d’habitat permanent : l’habitat occasionnel peut poser des problèmes d’intégration dans le paysage, d’inadéquation avec l’environnement, d’illégalité des installations…Par ailleurs, cette fréquentation saisonnière rend difficile l’implication des populations temporaires dans le développement local et le respect du territoire.


co propriété temporaire du paysage
Ivo Provoost et Simona Denicolai se sont intéressés à la notion de propriété et ont interrogé la cohabitation entre habitants permanents et occasionnels à travers l’élaboration d’un concept de « copropriété temporaire ».
Il s’agit d’un processus dans lequel Ivo Provoost et Simona Denicolai sont dans la position de l’intermédiaire-interprète. Ce processus permettra à tous, habitants permanents ou temporaires, visiteurs occasionnels, de s’engager dans une démarche visant à questionner leur propre rapport au paysage et à le responsabiliser.
Tout commence Au Bon Port, le café du village de St Mélany (vallée de la Drobie), où sera déposé un tableau sur lequel seront accrochées environ 200 clés identiques. Ces clés seront vendues pour le prix d’une copie, par Yet Vanstaen,  propriétaire du café et adhérente de l’association « Sur le sentier des Lauzes ».
L’achat d’une clé sera attesté par un contrat et donnera accès à une armoire installée là par Ivo et Simona, sur un terrain situé sur le hameau de La Coste et mis à disposition par sa propriétaire pour une durée limitée (entre trois et cinq ans).
Cette armoire, signe de l’aspect privatif voire presque intime de ce lieu, sera vide à l’exception d’un livre d’or. Elle se présentera donc comme le contenant possible, pour des durées variables, d’objets appartenants aux copropriétaires à venir et dont l’utilisation sera nécessairement collective. L’armoire aura également la fonction de boîte à lettres. Elle sera construite en bois et ne sera pas positionnée dans le lieu comme une sculpture mais comme un outil faisant partie d’un dispositif plus important, s’intégrant à la façon d’un meuble dans un intérieur. L’armoire vide est l’outil qui rendra, par sa présence, ce lieu accessible. Ce lieu deviendra une adresse.
D’autres éléments, partie prenante de ce processus viendront le compléter tels que l’aménagement du terrain avec les copropriétaires et l’édition d’un document qui pourrait accompagner l’acquisition de la clé et donner des informations sur l’ensemble de ce travail.


Simona Denicolai et Ivo Provoost
Ivo Provoost et Simona Denicolai, dans leur pratique artistique, cherchent un poste d’observation critique d’où « considérer la réalité stéréotypée, pour ensuite modeler l’expérience de cette réalité. Cette façon de faire, entre revival socio réaliste et tradition utopique, joue des distinctions conventionnelles entre privé/public et des différentes formes de l’idée de construire : culturelle (cultiver, structurer) et architecturale (bâtir, ériger) qui, à l’origine étymologique, sont inextricablement incluses dans la notion de résider (habiter, rester) ». (1)
Leur aventure commune, jalonnée par « 1998 », sculpture mémoire d’une année d’occupation de deux containers posés sur la place Dan Graham de Nantes, « Hans & Gretel : Community of Goods » (2000) mise en vente globale de leurs biens listés subjectivement et objectivement, « Building Underwood » (avec David Evrard 1999/2001) expérience/chantier micro urbanistique sur un terrain privé, peut s’envisager comme une volonté de placer les notions de réseaux et d’intersubjectivité  au cœur de leur travail, d’interroger l’espace social et architectural et avant tout la place occupée par l’art.
« Ils tissent des liens, entraînant de la part du public de nouvelles attitudes, redéfinissant de nouveaux enjeux. S’il y a désir de renouvellement, il y a aussi volonté d’échapper aux lois qui régissent entre autres le fonctionnement traditionnel de l’art, il y a volonté de revitaliser notre relation à l’art certes, mais aussi à l’autre, et ceci dans une sorte d’urgence. » (2)
Dans cette tendance actuelle où les artistes inventent de nouvelles procédures artistiques, devenant même parfois des agences, des lieux de production autonomes et où les catégories sortent de leur champ spécifique, Yvo Provoost & Simona Denicolai travaillent en lien avec des architectes, des urbanistes, des entreprises. Dans le même esprit ils créent un journal  mensuel qui accueille chaque fois deux artistes, ouvrent un site web et activent un réseau laissant circuler des énergies, provoquant rencontres, actions et propositions.


(1) : extrait d’un texte de Véronique Pépiesse, revue L’art même #15, 2002
(2) : extrait d’un texte de Pierre Giquel, 1999




               
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